marcher


marcher

marcher [ marʃe ] v. intr. <conjug. : 1>
• 1225 « parcourir »; 1170 trans. « fouler aux pieds »; frq. °markôn « marquer, imprimer le pas »
I
1Se déplacer par mouvements et appuis successifs des jambes et des pieds sans quitter le sol ( 2. marche, 1. pas). Enfant qui commence à marcher. « Je ne puis méditer qu'en marchant » (Rousseau). Marcher à petits pas rapides. trotter, trottiner. Marcher d'un pas ferme, lent, tranquille. Marcher bon train, vite. presser (le pas). Marcher avec peine. se traîner. Je suis crevé, je ne peux plus marcher. fam. arquer. Marcher en boitant; avec une canne, des béquilles, un déambulateur. Impossibilité de marcher ( abasie) . Marcher de long en large. Marcher en zigzag. Marcher à reculons : reculer, rétrograder. Marcher droit devant soi. Loc. Marcher droit (1., II). Marche ou crève. Danse Faire des pas ordinaires. Marcher sur la pointe des pieds. Loc. Marcher à côté de ses pompes. Marcher sur la tête : agir de façon extravagante.
2Avancer (en parlant des êtres animés). Marcher à quatre pattes. Acrobates qui marchent sur les mains. Animaux qui marchent sur les doigts ( digitigrade) , sur la plante des pieds ( plantigrade) .
3Aller à pied ( pédestre, piéton). Marcher au supplice. Marcher sans but, à l'aventure. errer, flâner. Marcher de conserve, ensemble, côte à côte. Enfant qui marche à côté de sa mère. Marcher devant, derrière qqn. Fig. Marcher avec qqn, la main dans la main, comme un seul homme : être d'accord.
4Fig. (Sujet chose) 1. aller, 1. tendre. « Le monde marche vers une sorte d'américanisme » (Renan). Pays qui marche à la ruine. Marcher à sa perte. « Le monde avec lenteur marche vers la sagesse » (Voltaire). Fam. (Personnes) Marcher sur ses quarante ans, s'en approcher.
5(Troupes) Faire mouvement. Marcher sur une ville, contre un adversaire. Marcher au combat. monter. Par ext. Marcher sur qqn, aller vers lui avec violence, hostilité.
6(1852) Fig. et fam. Acquiescer, donner son adhésion (à qqch.). accepter, consentir. Marcher dans la combine. « Non, monsieur ! je ne marche pas ! » (Malraux). Fam. Croire naïvement quelque histoire. Il a marché dans mon histoire. Loc. Il ne marche pas, il court : il fait plus encore que marcher (cf. Donner dans le panneau, se faire avoir).
Faire marcher qqn, l'abuser en faisant prendre pour vrai ce qui ne l'est pas. ⇒ berner, tromper (cf. Mener en bateau). « Le prince se moquait d'elle et la faisait marcher » (Madelin).
7(Choses) Se mouvoir de manière continue. Train qui marche à 250 km à l'heure. rouler. Le bâtiment marche droit contre le vent.
8Fonctionner (en parlant d'un mécanisme). Appareil qui marche automatiquement, à l'électricité. Faire marcher une machine, une radio. Montre, pendule qui marche mal (fam. débloquer, déconner) . Fam. (Personnes) Il marche au whisky. carburer. Par anal. Assurer la bonne gestion de (ménage, entreprise). Faire marcher une usine. tourner. Avec « le peu que je gagne, elle fait très bien marcher la maison » (Duhamel).
9(1865) Fig. Produire l'effet souhaité. Les affaires ont l'air de marcher ( prospérer) . Ses études marchent bien. Ce procédé, cette ruse a marché. Marcher comme sur des roulettes. Un article, un livre qui marche, qui se vend bien. Fam. Ça marche (cf. fam. Ça boume, ça baigne).
II
1Mettre le pied (sur qqch.) tout en avançant. Défense de marcher sur les pelouses. Loc. Marcher sur les pas, les traces de qqn. Marcher sur les brisées, sur les platebandes de qqn. Marcher sur le corps, sur le ventre d'un concurrent. passer. Marcher sur des charbons ardents, sur des œufs.
2Poser le pied (sur qqch.), sans idée d'autre mouvement. Marcher dans une flaque d'eau. Il a marché en plein dedans. Marcher sur les pieds de qqn. Se laisser marcher sur les pieds.
⊗ CONTR. Arrêter (s'), 1. stopper. ⊗ HOM. Marché.

marcher verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) Se déplacer en mettant un pied devant l'autre : Enfant qui commence à marcher. Se déplacer en gardant le contact avec le sol de telle ou telle manière : Marcher à quatre pattes. Mettre les pieds sur, dans quelque chose lors de son déplacement : Marcher dans une flaque d'eau. Faire une promenade à pied ou pratiquer l'exercice de la marche : Tous les matins il va marcher une petite heure. En parlant d'un véhicule, d'un mobile, se mouvoir, se déplacer : La voiture marchait à 90 km°heure. Tendre vers tel objectif, résultat ou état : Marcher vers le succès. Familier. Accepter une affaire, consentir à participer à quelque chose avec quelqu'un : C'est d'accord, il marche avec nous. Familier. Faire preuve de crédulité : Tu peux lui raconter n'importe quoi, il marche. En parlant d'un appareil, d'un organe, être en état de marche, fonctionner : Son cœur marche mal. Être en train de fonctionner, d'assurer sa fonction : La télé marche et personne ne la regarde. Être en activité, en parlant d'organismes, de services, etc. : Les banques ne marchent pas le dimanche. Atteindre le résultat souhaité, être adéquat à l'usage qu'on veut en faire : Procédé qui marche. Se dérouler correctement, suivre son cours de telle manière : Alors les affaires marchent ? Familier. Remplir correctement son activité, son rôle : Élève qui marche très bien en math. Avoir une très bonne cote sur le marché, auprès du public : Comédien qui marche très fort.marcher (citations) verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Même quand elle marche on croirait qu'elle danse. Les Fleurs du Mal, Avec ses vêtements ondoyants et nacrés René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 Ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s'en éloignent. Discours de la méthode Eugène Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 Marcher en soi-même est comme un châtiment : l'on ne va pas loin. Picasso bon maître de la liberté, VII Cahiers de la poésie nouvelle Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Donc, je marche vivant dans mon rêve étoilé ! Ruy Blas, III, 4, Ruy Blas Gustave Nadaud Roubaix 1820-Paris 1893 Si je marche plus droit qu'un autre, C'est que je boite des deux pieds. Chansons, le Roi boiteux Albert Einstein Ulm 1879-Princeton 1955 Je méprise profondément ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu'ils ont reçu un cerveau ; une moelle épinière leur suffirait amplement. Wenn einer mit Vergnügen in Reih und Glied zu einer Musik marschieren kann, den verachte ich schon ; er hat sein großes Gehirn nur aus Irrtum bekommen, da für ihn das Rückenmark schon völlig genügen würde. Comment je vois le monde marcher (difficultés) verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) Registre 1. Dans l'expression orale courante, marcher est très utilisé dans le sens vague de « être en activité, fonctionner, donner le résultat escompté » : le magasin marche le samedi et le dimanche (= est ouvert) ; et ta petite, elle marche bien à l'école ? (= elle suit bien, elle obtient de bons résultats ?) ; ça marche ! (= d'accord, c'est entendu) ; cet article a très bien marché l'été dernier (= s'est très bien vendu). Recommandation Dans l'expression soignée, préférer, en fonction de la situation et du contexte, les équivalents plus précis : fonctionner, être en bon état de marche, être ouvert, être en activité, faire des progrès, prospérer, se vendre, donner de bons résultats, etc. 2. Marcher sur ses quarante ans : expression courante dans le registre familier. Dans l'expression soignée, en particulier à l'écrit, préférer avoir bientôt : elle aura (ou elle a) bientôt vingt ans.marcher (expressions) verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) Familier. Ça marche, c'est d'accord : Ça marche pour jeudi, on se retrouve comme convenu. Faire marcher un appareil, le mettre en marche. Faire marcher quelqu'un, le taquiner, jouer de sa crédulité ou de sa gentillesse pour obtenir énormément de lui. Familier. Marche ou crève !, formule de menace indiquant qu'il n'y a pas d'autre solution que d'exécuter les ordres. Marcher dans le sillage, sur les traces, sur les pas de quelqu'un, suivre son exemple, l'imiter. Marcher sur quelqu'un, sur le corps, sur le ventre de quelqu'un, ne pas hésiter à nuire à autrui pour s'assurer un avantage. ● marcher (homonymes) verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) marchant marchand adjectif marchand nommarcher (synonymes) verbe intransitif (francique markôn, marquer le pas) Se déplacer en mettant un pied devant l'autre
Synonymes :
- se déplacer
Mettre les pieds sur, dans quelque chose lors de son déplacement
Synonymes :
- piétiner
Faire une promenade à pied ou pratiquer l'exercice de la...
Synonymes :
- déambuler
En parlant d'un véhicule, d'un mobile, se mouvoir, se déplacer
Synonymes :
Être en train de fonctionner, d'assurer sa fonction
Synonymes :
Se dérouler correctement, suivre son cours de telle manière
Synonymes :
- prospérer
Familier. Remplir correctement son activité, son rôle
Synonymes :
marcher verbe transitif indirect S'avancer vers quelqu'un, quelque chose : Marcher contre l'ennemi. Marcher sur Paris. Familier. S'approcher peu à peu de tel âge : Elle marche sur ses quarante ans.marcher nom masculin (de marcher) Au basket-ball, au handball, faute qui consiste, pour le porteur du ballon, à effectuer plus d'un ou de trois pas avec celui-ci sans le faire rebondir. ● marcher (homonymes) verbe transitif indirect marché nom masculinmarcher (homonymes) nom masculin (de marcher) marché nom masculin

marcher
v. intr.
d1./d Se déplacer par la marche. Marcher lentement. Marcher à pas de loup. Marcher à plusieurs de front.
|| Marcher à: s'avancer vers. Marcher au combat.
|| Marcher sur, dans qqch, poser le pied dessus. Marcher sur une peau de banane, dans une flaque boueuse.
d2./d Loc. fig. Marcher sur les traces de qqn, suivre son exemple.
Fam. Ne pas se laisser marcher sur les pieds: savoir se faire respecter.
d3./d Fig., Fam. Accepter de participer à une affaire, à une action. Je ne marche pas!
d4./d Fig. Se laisser duper.
Faire marcher quelqu'un, lui faire croire des choses fausses.
d5./d Se déplacer (en parlant de véhicules). Ce train marche à 130 km à l'heure.
d6./d Fonctionner. Ce magnétophone ne marche plus.
|| Fig. Cette entreprise marche bien.
d7./d (S. comp.) Prospérer, avoir du succès. Affaire, spectacle qui marche.

I.
⇒MARCHER1, verbe
I.Emploi trans.
A.TECHNOL., vieilli. Fouler au pied une matière malléable et, p. anal., pétrir à la main. Marcher une étoffe, l'argile, l'ouate, le cuir. Dans la fabrication des cazettes (...) la pâte est marchée (Al. BRONGNIART, Art céram., t. 1, 1844, p.198):
1. La bouillie de tourbe est répandue sur le pré (...). Quand elle est ressuyée et raffermie, des hommes la marchent, d'abord avec des planchettes attachées sous les pieds, puis pieds nus.
HATON DE LA GOUPILLIÈRE, Exploitation mines, 1905, p.474.
B. — [En relation avec II]
1. Région. ou littér. Suivre sa route, son chemin. Si je ne t'avais pas connu je serais peut-être encore en train de traîner sur les routes, «marcher la route» comme ils disent, nos gens (CENDRARS, Homme foudr., 1945, p. 367).
Au fig. Je constate que malgré ses courses vagabondes Jérôme Tharaud a courageusement marché sa vie (COCTEAU, Poés. crit. II, Monologues, 1960, p. 162).
2. DANSE. Faire des pas de marche. Des pas marchés (v. marche2 II A 2).
Emploi pronom. Elles [les danses anciennes] se marchent plus en largeur qu'en profondeur (LEVINSON, Danse, 1924, p. 110).
II.Emploi intrans.
A. — [Le suj. désigne un animé]
1. Aller d'un endroit vers un autre en faisant une suite de pas à une cadence modérée.
a) [Employé sans compl.] Nous descendons à pied, j'ai envie de marcher (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 97). Ils ne sont que des prisonniers que l'on achemine à pied d'oeuvre Ils ont marché marché marché comme ils vivaient dans les tranchées Ils ont marché marché marché jusqu'au-delà de la fatigue (ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 44):
2. N'est-il pas (...) extraordinaire de voir que, depuis le temps où l'homme marche, personne ne se soit demandé pourquoi il marche, comment il marche, s'il marche, s'il peut mieux marcher, ce qu'il fait en marchant, s'il n'y aurait pas moyen d'imposer, de changer, d'analyser sa marche (...)?
BALZAC, Théor. démarche, 1833, p. 614.
P. anal. [Le suj. désigne un animal] Se déplacer à l'aide de deux ou de quatre pattes. Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes (VALÉRY, Charmes, 1922, p. 147).
Proverbe (tiré d'une pièce de A. Lemierre [1723-1793]). Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes (voir BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 301).
[Le suj. désigne un jeune enfant] (Commencer à) marcher. Marcher seul, pour la première fois. Pierre marche. Il fait une dizaine de pas tout seul, tombe sur ses fesses et se met à rire (RENARD, Journal, 1890, p. 57):
3. Ma petite fille. Ma petite... Quand elle a marché la première fois, je tremblais, derrière elle... Elle est allée d'un fauteuil à une table. Mes yeux, je crois, la tenaient debout, comme des bras.
AUDIBERTI, Mal court, 1947, III, p. 198.
P. plaisant. Fromage qui marche tout seul. Fromage tellement fait et coulant qu'il donne l'impression, renforcée par la présence éventuelle de vers, de se déplacer seul (d'apr. LARCH. 1872, p. 172).
[P. allus. à Diogène marchant devant Zénon d'Élée pour lui prouver l'existence du mouvement] Ainsi procédait le philosophe qui prouvait le mouvement en marchant (BERGSON, Deux sources, 1932, p.51).
Allus. biblique. Lève-toi et marche! [P. allus. à un miracle de Jésus-Christ] Telle pièce, composée d'après tels principes, doit intéresser, et cependant quand on veut qu'elle soit jouée, quand on lui dit lève-toi et marche, la pièce ne va pas (STAËL, Allemagne, t. 4, 1810, p. 229).
b) [Suivi d'un compl. introd. gén. par une prép. indiquant]
[Compl. indiquant la direction de la marche] Marcher en avant (synon. avancer), en arrière, à reculons (synon. reculer). Quand on marche à reculons, il est difficile d'éviter les précipices (CHATEAUBR., Opin. sur lib. Presse, 1818, p. 240). Marcher droit devant soi. S'il avait tourné à gauche, au lieu de marcher droit devant lui, il aurait rattrapé tout de suite son régiment (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 441). Marcher droit. Riez de moi parce que je suis ivre et que je ne peux pas marcher droit! (CLAUDEL, Échange, 1954, III, p.794). Marcher en zigzag. Lafeuille (...) avait marché en zigzag, comme une bête traquée (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 24). Marcher de long en large.
Au fig.
Marcher droit. Rester dans le droit chemin, avoir une bonne conduite. Je n'ai rien à me reprocher, j'ai toujours marché droit et j'ai donné le bon exemple à ma fille (BLOY, Femme pauvre, 1897, p. 116).
Marcher de l'avant. Progresser dans des voies nouvelles avec courage et ténacité. Synon. aller de l'avant. Je n'ai pas changé de direction; j'ai toujours marché de l'avant; je continue (GIDE, Journal, 1932, p. 1132).
[Compl. indiquant l'ordre de la marche quand il s'agit d'un groupe de pers.] Marcher deux à deux, de compagnie, de conserve, de pair (avec), marcher ensemble, aux côtés de. Que de pays où j'ai marché à vos côtés! (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1833, p. 51). Marcher côte à côte, de front. Une étroite sente, sur laquelle deux personnes ne pouvaient marcher de front (VERNE, Île myst., 1874, p. 90). Marcher devant. Mon père marchait devant moi, car le chemin était étroit et plein de ronces (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 133). Marcher derrière, à la file indienne. Nous marchons à la file indienne, le guide, le capitaine (BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916, p. 53). Marcher à la queue leu leu, le premier, le dernier, en tête, en queue, marcher en colonne.
P. métaph. L'idolâtrie a marché à côté de la religion, comme l'ombre accompagne la lumière (P. LEROUX, Humanité, 1840, p. 1004). Dans la recherche scientifique bien conduite, l'intelligence raisonnante et l'observation des faits collaborent (...). La raison marche devant, elle éclaire l'avance (MAUROIS, Dialog. commandement, 1924, p. 91).
Au fig.
Marcher sur les talons, sur les pas, sur les traces de, dans l'ombre de. Suivre l'exemple de quelqu'un que l'on prend pour modèle. Quand des agriculteurs j'enseigne l'art utile, Je ne viens plus, marchant sur les pas de Virgile, Répéter aux Français les leçons des Romains (DELILLE, Homme des champs, 1800, p. 68). Avec (...) sa timidité, sa voix fluette, un peu zézayante, il ne semblait guère destiné à marcher sur les traces de son père (BILLY, Introïbo, 1939, p. 243):
4. Elles, elles ne songent plus à autre chose qu'à elles-mêmes. L'une vit sur les pas de l'autre, marche dans son ombre, elles s'entr'aiment si absolument que je ne songe plus à les tourmenter, près d'envier leur délicieux oubli de tout le reste.
COLETTE, Cl. école, 1900, p. 173.
Marcher ensemble, de pair (avec). Adopter une ligne de conduite identique. Les évêques, marchant de pair avec les grands, osoient les instruire de leurs devoirs (CHATEAUBR., Génie, t. 2, 1803, p. 370).
Marcher comme un seul homme, marcher la main dans la main. Vivre en parfaite union, en plein accord. La Société de Saint-Vincent-de-Paul est très unie, elle marche comme un seul homme (SAND, Corresp., t. 4, 1862, p. 315).
Marcher avec (fam.). Avoir une liaison suivie ou une aventure avec (quelqu'un):
5. Papa!... ah! papa!... Mais il couche avec toutes les bonnes, ici, papa... C'est sa toquade, les bonnes. Il n'y a plus que les bonnes qui l'excitent. Alors, tu n'as pas encore marché avec papa?... Tu m'épates.
MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 239.
[Compl. indiquant les allures de la marche] Marcher lentement, posément, vite. Marcher avec lenteur. Marchant avec lenteur du pas allongé de l'alpiniste, nous allions et nous nous élevions peu à peu (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 83). Marcher à pas comptés, à petits pas. Elle était énorme et marchait à tout petits pas (GYP, Souv. pte fille, 1928, p. 283). Marcher à longues enjambées; marcher à pas lents, rapides; marcher du même pas; marcher d'un pas alerte, calme, égal, ferme, rapide.
Marcher à pas de loup. Marcher en silence et avec souplesse.
Marcher comme un Basque. Marcher à vive allure. Il marche comme un Basque et j'ai peine à le suivre (AUGIER, Thommeray, 1874, p. 305).
ARM. Marcher au pas. Marcher d'un pas cadencé. Ils marchaient au pas, sur deux files, en bon ordre (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 97).
Au fig. Marcher tambour battant. Aller de l'avant avec ardeur et entrain. Nous le ferons marcher tambour battant, soyez tranquille! (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869 p. 29).
[Compl. indiquant les conditions de la marche et les façons de marcher] Marcher pieds nus, sur la pointe des pieds. On fait silence, on ne parle que par signes, on marche sur la pointe du pied (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1554). Marcher le front haut, la tête haute; marcher fièrement, gravement, d'un pas grave; marcher avec courage, avec peine, avec précaution. Marcher en silence. Nous marchions en silence, prêtant l'oreille au sourd mugissement de l'automne (CHATEAUBR., René, Paris, Droz, 1970 [1805], p. 33). Marcher sans bruit. Marcher au hasard. Il marchait au hasard, chancelait et butait, incertain (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 208). Marcher sans but, à l'aventure.
Au fig., arg. et pop. Marcher à côté de ses pompes.
[le temps de la marche] Marcher sans arrêt, sans cesse. Marcher sans repos. Il avait marché sans repos, pendant les jours et les nuits, par les interminables routes (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 667). Marcher sans trêve; marcher pendant des heures, pendant des jours.
[le lieu où l'on marche]
Marcher à travers (la campagne, la pièce...). Il marche à travers bois (...), se baisse, se relève, et poursuit (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 100).
Marcher dans (les allées, les blés, les bois, la campagne, la chambre, les champs, l'herbe.). Napoléon a marché à Smolensk comme vous marchez dans votre chambre, en mettant un pied devant l'autre, et sans avoir trouvé le moindre empêchement (J. DE MAISTRE, Corresp., t. 12, 1812, p. 188).
Au fig. Marcher dans des voies nouvelles (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p. 287).
Marcher le long de (la route, des chemins...). Voyez le maître des domaines quand il marche le long des chemins dans la rosée de l'aube, tout seul et n'emportant rien de sa fortune (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 547).
Marcher par (les champs, les chemins, les sentiers). Alexis marchait par les longues rues de Lyon, posant péniblement un pied devant l'autre (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 114).
Marcher sous.. Elle prenait mon bras, et nous marchions sous les arbres, nous taisant par intervalles (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 204).
Marcher sur (la route). On marche sur un lit de sable blanc et fin, continuellement arrosé par la vague qui s'y déplie (LAMART., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 56).
Au fig. Ô mon Dieu, aidez-moi à marcher sur la route où vous-même m'avez engagé (PSICHARI, Voy. centur., 1914, p. 150).
Marcher sur les eaux. [Allus. biblique] V. eau I A 1 c.
Marcher vers (une direction donnée). Le soleil montait, face aux hommes. On marchait vers l'Est, droit sur lui (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 54).
Au fig., fam. Marcher sur (un certain âge). S'en approcher peu à peu. L'homme (...) me disait (...) en parlant d'un candidat à l'Académie qui marchait, comme on dit, sur ses soixante-quatre ans: «Il est jeune» (A. FRANCE, Vie littér., 1888, p.318).
c) Avancer en prenant appui sur divers points du corps. On en voyait de (...) petits, petits, échappés du berceau, mal d'aplomb encore, tout bêtes, marchant à quatre pattes quand ils voulaient courir (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 519). L'on vit l'étrange ambassadeur se déshabiller tout nu (...), marcher sur les mains, faire un double, un triple saut périlleux (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 181).
Au fig. Marcher sur la tête. Faire quelque chose d'extraordinaire, d'impossible.
[Appliqué à un animal] Marcher l'amble (v. ce mot); marcher au pas, au trot.
[Suivi d'un comparatif indiquant des démarches particulières] Marcher comme un canard, comme (à la) Charlot. Marcher comme un crabe. Il s'indignait qu'on tolérât dans l'armée ces avortons aux jambes grêles qui marchent comme des crabes (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Lit, 1884, p. 255).
d) Se déplacer autrement que par la marche à pied (sur un véhicule, sur un animal). F... - moi le camp! lui dit Leuwen. Et toi, marche au galop, dit-il au postillon (STENDHAL, L. Leuwen, t. 3, 1836, p.52).
2. [Dans un cont. gén. pol. ou milit.] Se diriger vers un but (lieu, personne) dans un dessein généralement précis (d'hostilité, de conquête, de menace).
a) Marcher sur
[Le compl. désigne une pers.] S'avancer vers elle de façon menaçante. Il marcha sur Bec-Salé! — Je suis gendarme, tu entends, crapule! et je te l'apprendrai si tu veux faire le mariolle! (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 45). Brusquement, l'Allemand qui marchait sur lui s'immobilise, épaule et tire (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 227).
[Le suj. désigne des troupes armées] Marcher sur une ville. S'y diriger pour la prendre d'assaut. Les Girondins lèvent des troupes en Normandie pour marcher sur Paris (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 148).
b) Marcher à, contre. S'avancer au devant (de l'ennemi). Du moment qu'il consent à marcher à l'ennemi, ils sont sûrs que la victoire ne quittera plus leurs drapeaux (COTTIN, Mathilde, t. 2, 1805, p. 270). Le roi Murat (...) vient de se soumettre aux injonctions supérieures et marche contre vos armées (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 144).
Au fig. Marcher contre qqn. Se déclarer hostile à quelqu'un, manifester de l'hostilité à son égard.
Marcher à la mort, au supplice. Se rendre sur les lieux de son exécution. Voilà un homme qui était résigné à son sort, qui marchait à l'échafaud, qui allait mourir comme un lâche (...), mais enfin mourir sans résistance et sans récrimination (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 507):
6. Il se rappelait surtout un gamin de dix-huit ans, qui avait assassiné lâchement une vieille femme et deux enfants au fond d'une ferme, et qui avait marché à la mort sans trembler, rassurant le prêtre et le procureur, prêts à se trouver mal à ses côtés. Ne serait-il donc pas aussi brave que ce lâche enfant-là?...
G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p. 153.
Au fig. Marcher à sa perte, à sa ruine. Adopter une ligne de vie, de conduite, qui mène inéluctablement à l'échec. Je soupçonnais le peintre ordinaire de Sa Majesté de se tenir volontairement à l'écart d'amis qui marchaient à leur ruine (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 399).
c) Marcher sous (les ordres de qqn). Obéir à son commandement. Le seul moyen de sauver l'État et la liberté, étoit de faire la guerre (...) à nos ennemis intérieurs, au lieu de marcher sous leurs ordres contre des ennemis étrangers (ROBESP., Discours, 1792, p.140).
Marcher à la tête de. Prendre le commandement de. Comme un général marche à la tête de ses troupes, ainsi des sages politiques doivent marcher, si j'ose dire, à la tête des événements (MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. 192).
3. Poser le pied sur ou dans quelque chose.
a) Marcher sur, dessus. Écraser, fouler au pied, piétiner. Marcher sur l'herbe, sur les pieds (de quelqu'un). On a marché sur les fleurs au bord de la route (MORÉAS, Pèlerin pass., 1891, p. 29). La servante se retourna comme un serpent à qui l'on aurait marché sur la queue (GIDE, Faux-monn., 1925, p.1124):
7. Écoute, dis-je, il n'y a pas de quoi faire un drame. — Oh! toi! bien sûr! si on te marche sur le pied, tu penses qu'on a marché sur un pied qui se trouve par hasard être le tien.
BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 163.
Marcher (comme) sur des oeufs. Se mouvoir avec une précaution pouvant frôler le ridicule. Il est vrai que, suivant une expression de Walter Scott, Amélie marchait comme sur des oeufs (BALZAC, Vendetta, 1830, p. 159).
Marcher sur le corps. Piétiner et manifester ainsi son opposition à un acte, une décision à laquelle on se refuse catégoriquement. Ainsi qu'elle le criait avec une bravoure guerrière, il faudrait lui marcher sur le corps [pour saisir ses meubles] (ZOLA, Argent, 1891, p. 291).
Pop. Marcher sur le ventre de qqn. Empiéter sur quelqu'un, pour s'assurer un avantage, être d'un arrivisme forcené, sans scrupule:
8. Sur le petit chariot roulant Anne apportait du jambon, des salades et on dînait gaiement, entre amis: la bonne farce! Dubreuilh avait des alliés, des disciples, des instruments; pas un ami. Comme il écoutait bien! Avec quel abandon il parlait! Et il était prêt à vous marcher sur le ventre, à la première occasion.
BEAUVOIRMandarins, 1954, p. 238.
Marcher dessus. [À propos de qqc.] Au fig. Renier quelque chose. J'exècre le passé! Je marche dessus, je danse dessus, je crache dessus! (CLAUDEL, Pain dur, 1918, III, 3, p. 472). Tenez, voici une plume de geai. Tous les autres (...), ils auraient marché dessus. Moi je l'ai vue et je vous l'offre (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 159).
Expr. fig.
Marcher sur les pieds de (qqn) [surtout sous la forme négative ne pas se laisser marcher sur les pieds] (Le) traiter sans ménagement, (l')offenser:
9. Un jour qu'une petite comtesse du genre pilier de conférences, (...) l'aborda pour lui dire (...) qu'elle dînait le soir même chez Son Altesse Royale le Prince de G..., la belle Leblanc, qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, répondit: «Et moi, j'y couche, Madame la Comtesse!»
FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 189.
Marcher sur les brisées de. Empiéter sur le terrain de, faire concurrence à. Synon. fam. marcher sur les plates-bandes (de). V. brisée B.
Marcher sur des charbons ardents, sur des épines. Se trouver dans une situation délicate qu'il convient d'aborder avec beaucoup de précaution. V. charbon I A 2 et épine C 2 b.
b) Marcher dans. Mettre le pied dans. Marcher dans la boue. Là-dessus, il marcha dans une flaque, et sa jaquette (...) en fut tout éclaboussée (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.24).
Pop. Marcher dedans. Mettre le pied dans une matière fécale; au fig., avoir beaucoup de chance. Tout y réussit; sûr, i' doit marcher d'dans tous les matins! (BRUANT 1901, p.95).
B.P. anal. [Le suj. désigne un inanimé]
1. [Le suj. désigne une chose en mouvement]
a) Avancer, se mouvoir de façon régulière.
[Le suj. désigne un moyen de transport] J'ai entendu, en me réveillant, le léger murmure produit par le sillage du vaisseau quand il marche (LAMART. Voy. Orient, t.1, 1835, p.162). Véhicules de toutes sortes, fiacres, citadines, tapissières, carrioles, cabriolets, marchant en ordre (HUGO, Misér., t.2, 1862, p.630).
[une partie du corps] Il faudra présenter la poitrine et faire marcher les bras (GIONO, Colline, 1929, p.68).
Les langues marchent. On parle beaucoup, on jase (à propos d'un fait ou de la conduite de quelqu'un qu'on commente à tort et à travers):
10. Bonne aubaine [une petite fille violée], vous pensez, pour un endroit comme ici... où l'on est réduit à ressasser, chaque semaine, les mêmes histoires... Aussi, les langues marchent-elles...
MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 163.
b) [Le suj. désigne un mécanisme] Fonctionner, être actionné par un mouvement généralement précis et régulier.
[de manière gén. continue] Horloge, montre qui marche (bien ou mal). Il y a un mouvement des aiguilles et un ressort, mais la pendule ne «marche» plus (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.327).
[de manière intermittente] Le mien [mon conducteur], dit une petite conduite intérieure qui ressemblait à un blaireau, le mien, c'est quand il a réussi une bonne affaire. Alors le claxon marche, marche, il y a de quoi devenir fou! (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p.220). Ils faisaient un de ces boucans à côté (...). Il y avait la radio qui marchait, le phono (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.192).
Au fig. L'esprit de l'homme marche toujours de même; il procède toujours a priori, et je ne pense pas qu'il puisse procéder autrement (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p.213).
Marcher ensemble. [Le suj. désigne deux ou plusieurs phénomènes] Être étroitement liés dans leur fonctionnement:
11. Le plus souvent, quand en physiologie et en médecine on voit deux phénomènes marcher ensemble et se succéder dans un ordre constant, on se croit autorisé à conclure que le premier est la cause du second.
Cl. BERNARDIntrod. ét. méd. exp., 1865, p.90.
2. [Le suj. désigne une chose qui progresse dans le temps]
a) S'écouler. Mais tandis que j'écrivais ceci le temps a marché (CHATEAUBR., Mém., t.2, 1848, p.674).
b) Progresser en bien ou en mal, évoluer. Le mal a marché terriblement! Un poumon est perdu, l'autre se perd (GONCOURT, Journal, 1862, p.1106). Sa guérison marche à pas de géant (MAUPASS., Mt-Oriol, 1887, p.126).
C.Au fig.
1. [Le suj. désigne un inanimé] Fonctionner, se dérouler avec plus ou moins de succès.
a) [Le suj. désigne une affaire, une entreprise commerciale] Tu vois des putains partout, protesta Lecouvreur. Il haussa les épaules, resta un moment songeur. «Et puis, ces femmes-là, ça fait marcher le commerce...» (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.203).
En partic. [Un produit] Se vendre facilement. Les beurres, pas plus que les fromages et les oeufs, n'ont marché cette saison (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.634).
b) [Le suj. désigne des études, un travail] Une thèse marche. Mes études marchaient comme mes plaisirs, au petit pas (ABOUT, Roi mont., 1857, p.20):
12. Tout de suite, des flots de paroles jaillissent, des questions, des plaintes: Ça a bien marché? Quel sujet de dictée? Vous rappelez-vous des phrases difficiles? «—C'était ceci — cela — j'ai mis «indication» au singulier — moi au pluriel — le participe était invariable, n'est-ce pas, mademoiselle?»...
COLETTE, Cl. école, 1900, p. 198.
c) Faire marcher un ménage, une maison. En assurer la bonne tenue, la bonne gestion. Ma mère a une très petite rente. Avec ce revenu et le peu que je gagne elle fait très bien marcher la maison (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p.21).
En partic. [Le suj. désigne le mariage, la vie du couple] Se dérouler en bonne harmonie. Après avoir passé des nuits à Montmartre, joué, flirté, fait du sport, et dansé, dansé, dansé, le ménage cessa de marcher (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.161).
d) [Le suj. désigne une oeuvre théâtrale, littér.] Avoir du succès. Notre concert (...) a bien marché. Il a attiré deux fois plus de monde que celui d'hier (AMIEL, Journal, 1866, p.348).
e) [Avec un suj. indéterminé] Fam. Ça (tout) marche (bien). Ça (tout) va bien. Tout marche bien, ma santé est parfaite (NAPOLÉON Ier, Lettres Joséph., 1806, p.107).
Marcher comme sur des roulettes. Se dérouler parfaitement, sans difficulté. Tout marchait comme sur des roulettes, jamais ministère n'eut devant lui une route aussi aplanie (VOGÜÉ, Morts, 1899, p.290).
2. Fam. [Le suj. désigne gén. une pers.]
a) Donner son entière adhésion à (quelqu'un ou quelque chose). — Alors, vous marchez? — Je marche. — Tope-là, dit Dan Yack en lui tendant les mains (CENDRARS, Plan de l'Aiguille, 1929, p.147).
Pop. Marcher dans la combine. Moi, j'marche pas dans la combine. C'est l'système D, et l'système D, (...) y a des fois où c'que j'en ai pus que marre (BARBUSSE, Feu, 1916, p.199).
b) Croire naïvement ce que l'on vous raconte. Marcher à fond; marcher à tous les coups. Vous aussi, Alvare, vous avez marché! (LEMERCIER, Pinto, 10, 5, 13, p.158).
c) Faire marcher qqn
Contraindre quelqu'un à une entière soumission. Faire marcher au pas, à la baguette. Il faut le voir (...), avec ses anciennes amours!... elles l'adorent toutes, et il les fait marcher au doigt et à l'œil (AUGIER, Contagion, 1866, p.356).
Exploiter la crédulité de quelqu'un pour se moquer de lui ou le tromper. Elle avait joué fin jeu, elle avait voulu le faire marcher, voilà tout! plus maligne que les autres... (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p.304).
REM. 1. Marchailler, verbe trans., hapax. Danser tant bien que mal sur des pas de marche. Ai marchaillé quatre contredanses, ce qui ne m'était pas arrivé depuis des années (BARB. D'AUREV., Memor. 2, 1839, p.352). 2. Marchotter, verbe, dimin. de marcher. Marcher à petits pas, de manière mal assurée. Je marchotte comme un vieux monsieur, en boitant, appuyé sur une canne (LÉAUTAUD, Journal littér., 1, 1904, p.137).
Prononc. et Orth.:[], (il) marche []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1170 trans. «fouler aux pieds» (MARIE DE FRANCE, Eliduc, éd. J. Rychner, 1042); b) ca 1225 marcher (un pays) «parcourir (un pays)» (PÉAN GATINEAU, S. Martin, 4548 ds T.-L.); 2. 1178 marcher sur qqc. «mettre le pied sur quelque chose» (Renart, éd. E. Martin, XIV, 950); 3. a) ca 1180 intrans. (Proverbes au vilain, 178 ds T.-L.: las bués souef marche); b) 1225-30 marcher vers «se diriger vers» (GUILLAUME DE LORRIS, Rose, éd. F. Lecoy, 1793); c) 1611 marcher à quatre pattes (COTGR.); 4. fin du XVe s. «(en parlant de troupes) faire mouvement» (J. MOLINET, Chroniques, éd. G. Doutrepont et O. Jodogne, t.1, p.473); 5. a) 1607 «(en parlant de choses) se mouvoir de façon continue» (MALHERBE, Poésies, éd. J. Lavaud, t.1, p.35); b) 1662 «se déplacer à cheval» (LA ROCHEFOUCAULD, Mémoires, éd. L. Martin-Chauffier, p.150); 6. 1643 «(en parlant d'un mécanisme) fonctionner» (CORNEILLE, Le Menteur, II, 5); 7. 1690 «se faire, se réaliser d'une certaine façon» (FUR.: cette affaire marche bien); 8. a) 1756 faire marcher qqn «obtenir de quelqu'un ce qu'on veut» (VADÉ, Les Racoleurs, 57); 1852 «abuser quelqu'un en lui faisant prendre pour vrai ce qui ne l'est pas» (ESN.); b) 1800 marcher «acquiescer, donner son adhésion à quelque chose» (LEMERCIER, loc. cit.). De l'a. b. frq. markôn «marquer, imprimer un pas», cf. l'a. h. all. marcôn «limiter, fixer, mettre des bornes», a. nord. marka «marquer». Le sens de base en a. fr. est «fouler aux pieds». V. aussi marc2. Fréq. abs. littér. Marcher: 16442. Marché (part. passé et subst.): 3712. Fréq. rel. littér. Marcher: XIXes.: a) 23547, b) 27720; XXes.: a) 25960, b) 21071. Marché (part. passé et subst.): XIXe s.: a) 4499, b) 5501; XXe s.: a) 4898, b) 6053.
DÉR. Marchage, subst. masc., technol. [Correspond à marcher I A] Opération qui consiste à fouler au pied ou pétrir à la main une matière malléable et qui se fait généralement aujourd'hui de façon mécanique. Nous appelons [ce pétrissage] marchage pour le distinguer du malaxage qui s'applique au pétrissage par les mains (Al. BRONGNIART, Arts céram., t.1, 1844, p.18). Le mélange est malaxé pour obtenir une pâte bien plastique avec l'eau. Autrefois, l'opération se faisait par «marchage» sur une aire plane, les ouvriers pétrissant la pâte avec leurs pieds. On dispose maintenant de pétrins mécaniques (Cl. DUVAL, Verre, 1966, p.48). []. 1res attest. a) 1530 «action de piétiner en marchant» (PALSGR., p.282b), b) 1840 pot. (Ac. Compl. 1842); de marcher1, suff. -age.
BBG. — LA LANDELLE (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p.157, 185, 263. — SPITZER (L.). Fr. marcher. Z. rom. Philol. 1925, t. 45, pp.288-289.
II.
⇒MARCHER2, subst. masc.
Rare, techn. ou littér.
A. — Action de marcher (d'une personne ou d'un animal). Nous formons d'abord notre vue sur notre toucher, ensuite sur notre marcher; tant la nature a harmonié entre eux tous nos sens! (BERN. DE ST.-P., Harm. nat., 1814, p. 282).
SPORTS (basket-ball, hand-ball). Faute qui consiste à faire plus d'un pas avec le ballon. Le marcher entraîne la perte du ballon et la remise en jeu de la touche par l'adversaire (Lar. encyclop.).
B. — Manière de marcher. Synon. démarche. Il [un jeune provincial] tenait beaucoup (...) à reconnaître d'après la mise, le marcher, le brodequin, à quelle espèce appartenait une femme (BALZAC, Fille yeux d'or, 1835, p. 349):
♦ ... c'était une mule, ou un âne, ou un mulet, ou même un vieux cheval; ça n'avait plus le marcher dansant des hautes bêtes, mais ça allait, pattes rompues, avec de l'herbe et de la terre dans le poil...
GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 20.
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. 1694-1878. Étymol. et Hist. 1538 «action, manière de marcher» (EST. d'apr. FEW t.16, p.531a). Emploi subst. de marcher1. Bbg. GOHIN 1903, p.231.

1. marcher [maʀʃe] v. intr.
ÉTYM. V. 1165, v. tr. « fouler aux pieds »; « parcourir », 1225; du francique markôn « marquer, imprimer le pas ».
———
I V. tr.
1 Vx. Piétiner.
2 Techn., vx. Pétrir avec les pieds. Fouler. || Marcher l'argile.
———
II V. intr.
A Aller, se mouvoir.
1 Se déplacer par mouvements et appuis successifs des jambes et des pieds sans quitter le sol. ( Marche, pas). || Levez-vous (→ 1. Lever, cit. 27, Bible) et marchez ! || Enfant qui apprend, qui commence à marcher (→ Entraîner, cit. 27; homme, cit. 147), qui marche seul, sans lisières (cit. 2 et 4). || Impotent, infirme, handicapé (cit. 3) qui ne peut pas marcher ( Abasie). || Goutteux (cit. 3), infirme qui marche soutenu par qqn, appuyé (cit. 42) sur qqn. || Être trop faible (cit. 1), trop fatigué (cit. 7) pour marcher. || Avoir besoin de prendre l'air et de marcher, de se donner du mouvement. || Je vais marcher un peu. → Faire un bout de chemin, une petite promenade. || Personne qui marche en dormant. Somnambule.
1 (…) je ne puis méditer qu'en marchant (…)
Rousseau, les Confessions, IX.
2 À l'entrée de la rue des Prouvaires, la foule ne marchait plus. C'était un bloc résistant, massif, solide, compact (…) de gens entassés (…) Quoique pas un ne marchât, on entendait un piétinement dans la boue.
Hugo, les Misérables, IV, XIII, I.
3 Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Hugo, la Légende des siècles, II, « La conscience ».
4 Si je dis : marche ! le mouvement n'est pas assez bien défini par cet ordre. L'homme peut aller en avant, en arrière, obliquement ou de travers (…)
Valéry, Eupalinos, p. 63.
Allus. || Prouver le mouvement en marchant.
Spécialt. Être capable de marcher normalement, sans aide (apprentissage, rééducation). || Cet enfant ne marche pas encore.
Par anal. (En parlant des animaux). → Lionceau, cit. 1. — Poét. → Toit, cit. 3, Valéry.
Par exagér. et par plais. Fromage qui marche tout seul, qui grouille de vers (aussi : dont la pâte, très molle, coule et s'étale).
Spécialt. Danse. Faire des pas ordinaires.Au p. p. || Pas marché, effectué en marchant (cet emploi suppose une transitivité).
5 Ils adoptent pour danser (…) un pas marché de valse, feutré, subtil, légèrement chaloupé.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XI, XXXIII, p. 306.
a (Façons et manières de marcher). Allure, démarche, marche. || Marcher à longues enjambées, à pas comptés (cit. 7). || Marcher à petits pas rapides ( Trotter, trottiner), à pas de géant, de loup, de tortue. || Marcher d'un pas délibéré, ferme (1. Ferme, cit. 6), inégal (cit. 11), lent (cit. 6), tranquille. Cheminer. || Marcher bon train, grand train, à vive allure ( Courir, galoper). || Marcher plus vite. Doubler, forcer, presser (le pas). || Marcher doucement, lentement (cit. 1), pesamment. || Homme gros (cit. 4) qui marche avec peine. Traîner (se). || Je suis crevé, je ne peux plus marcher. Arquer (fam.). || Marcher en cadence (cit. 5). || Marcher comme un automate (cit. 6), un fauve en cage ( Tourner). || Marcher comme un canard, en boitant (cit. 2, Clocher, clopiner), en se déhanchant (cit. 1). || Blessé qui marche en chancelant, en titubant. || Marcher en aveugle, en étendant (cit. 3) la main, à tâtons, à l'aveuglette. || Marcher avec assurance, avec ostentation. Pavaner (se).
Loc. Marcher des épaules (cit. 21), en roulant les épaules, les (des) mécaniques (fam.).Marcher le front haut, la tête basse, les bras ballants, les yeux au sol (→ 1. Ficher, cit. 4).
6 Il n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser (…)
La Bruyère, les Caractères, XII, 108.
7 (…) nous commençâmes à marcher avec tant de vitesse et de légèreté, qu'à peine touchions-nous la terre, malgré le fardeau que nous portions.
A. R. Lesage, Gil Blas, VI, I.
8 Je ne sais où va mon chemin,
Mais je marche mieux quand ma main
Serre la tienne.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « À mon frère ».
9 À te voir marcher en cadence
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Spleen et idéal », XXVIII.
10 Elle marchait, en effet, d'une si agréable façon qu'il prenait le plus beau plaisir du monde à entendre le petit claquement de ses bottines sur la terre dure de l'allée. Jamais il n'avait fait attention au balancement de sa taille, à la traînée vivante de sa jupe, qui la suivait d'un frôlement de couleuvre.
Zola, la Faute de l'abbé Mouret, II, XI.
11 (…) l'homme qui marche à petits pas ridicules pour se mettre au pas de la femme à son bras (…)
Montherlant, le Songe, II, XV.
Marcher pieds nus (→ Croquant, cit. 2), en sabots, avec des chaussures neuves.Loc. Marcher à côté de ses pompes. 2. Pompe (II., 1.).Marcher avec un bâton, des béquilles ( 2. Béquiller), une canne, des échasses.
Marcher sur la pointe des pieds, à quatre pattes (→ Bête, cit. 24).Par anal. (de mouvement). || Acrobates qui marchent sur les mains (→ Fortifier, cit. 4), la tête en bas (→ Antipode, cit. 1 et 2), sur la tête (→ Romanichel, cit.).Loc. fig. Marcher sur la tête : agir de façon extravagante.
12 (…) je suis tellement fatigué par ce pavé en pointe de diamant, que j'ai envie de me retourner et de marcher un peu sur les mains, comme les clowns, pour reposer mes pieds endoloris.
Th. Gautier, Voyage en Espagne, p. 125.
Animaux qui marchent sur les doigts ( Digitigrade), sur la plante des pieds ( Plantigrade). || La gerboise (cit.) marche à petits sauts. Sauter, sautiller; saltigrade. || Oiseau qui marche ou court. Piéter.
b (Avec un compl. de lieu). || Marcher dans la rue, sur le trottoir, sur une route (→ Indicateur, cit. 6). Piéton. || Marcher dans la campagne, dans la brousse ( Brousser), le long d'un ruisseau ( Longer), à travers champs (→ Espace, cit. 11). || Marcher sous les ombrages.Marcher par la ville (vieilli), à travers, dans la ville. Déambuler, promener (se). → Battre le pavé.
13 Qui a vu St-M. G. marcher dans la rue a conçu tout de suite l'idée d'une grande oie infatuée d'elle-même (…)
Baudelaire, Journaux intimes, « Mon cœur mis à nu », LVIII.
14 (…) nous marchions dans un layon obscur, entre des taillis de jeunes charmes (…)
M. Genevoix, Forêt voisine, IX.
Par métaphore. Avancer. || Marcher dans la voie des hommes de bien (→ 2. Bien, cit. 74), dans la voie étroite (cit. 6) de l'Évangile. || Esprits qui marchent dans la même voie.Fig. || Marcher dans la voie (→ Briser, cit. 29), dans la carrière (2. Carrière, cit. 8) de la gloire.
15 Ô jeunes gens ! quelle leçon ! Marchons avec candeur dans le sentier de la vertu.
Beaumarchais, la Mère coupable, V, 7.
c (Direction). Avancer, progresser à pied, en marchant. || Marcher en avant, en arrière, de long en large, vers le haut ( Monter), vers le bas ( Descendre).Écrevisse (cit. 3) qui marche à reculons ( Rétrograder).Marcher en biaisant ( Obliquer). || Ivrogne qui marche en zigzag.Marcher droit (1. Droit, cit. 25), droit devant soi (→ Humain, cit. 9). — ☑ Loc. fig. Marcher droit (cit. 33).
16 (…) il marcha le dernier et à reculons, afin d'observer les plus légers changements qui surviendraient sur tous les points de cette scène que la nature avait faite si ravissante (…)
Balzac, les Chouans, Pl., t. VII, p. 787.
Marcher vers la ville. Diriger (se); porter (ses pas); rendre (se); route (faire). || Marche avec moi jusqu'au coin de la rue. Venir; accompagner. || Marcher au supplice (→ Goût, cit. 8).Marcher sans but, à vue de pays, à l'aventure (cit. 29, fig.), au hasard (→ Indescriptible, cit. 3; inexcusable, cit. 2). Errer, flâner (cit. 1), trimarder, vagabonder.
17 Trébuchant dans les plis de sa pourpre en lambeaux,
Elle (la France) marche au hasard, errant sur des tombeaux.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Treize juillet », XXXI.
18 (…) il marchait droit au Nil. Un essaim de voiles couvrait les hautes eaux du fleuve.
France, Thaïs, p. 281.
Spécialt. || Marcher sur qqn : aller vers lui avec violence, hostilité.
Fig. (Sujet n. de chose). Aller, tendre. || Pays qui marche à la ruine, vers son déclin (→ Faîte, cit. 6). || « Le monde marche vers une sorte d'américanisme » (cit. Renan). || « Le monde avec lenteur (cit. 2) marche vers la sagesse » (Voltaire).
19 Ô poète ! il est dur que la nature humaine,
Qui marche à pas comptés vers une fin certaine,
Doive encor s'y traîner en portant une croix (…)
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Lettre à Lamartine ».
20 Nous marchons vers des temps meilleurs, plus intelligents, plus humains.
Michelet, la Femme, III, V.
Spécialt, fam. Aller. || Marcher sur ses quarante ans.
20.1 Dame, il (le docteur) prend de l'âge ! On n'est pas toujours jeune. Il marche sur ses quatre-vingt-six. Il n'est plus le même qu'autrefois.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 342.
21 Mais il y avait une fille à pourvoir (…) Elle marchait sur ses vingt ans; elle était presque fiancée (…)
Émile Henriot, Aricie Brun, III, II.
d (Ordre dans lequel marchent deux ou plusieurs êtres animés). || Enfant qui marche à côté de sa mère. || Marcher devant quelqu'un ( Passer, précéder). || Emboîter le pas à quelqu'un et marcher derrière lui. Filer (→ Filature, cit. 3).Marcher escorté (cit. 2 et 3) d'une suite, à la tête d'une troupe, en tête d'un cortège, d'une procession (→ Autodafé, cit. 1). Avancer (s'). || Jars (1. Jars, cit. 1) qui marche en tête d'un troupeau d'oies.Marcher le dernier, en queue, à la queue (→ Clore, fermer la marche).Marcher sur deux rangs (→ File, cit. 6), en colonne, en file, à la file (cit. 8 Défiler), en ligne, de front.
22 (…) quand on passe du salon à la salle à manger, c'est toujours Mme de Rosemonde qui marche la dernière.
Laclos, les Liaisons dangereuses, LXXXIV.
23 Quand nous marchons de front dans les rues, il me semble toujours que je le tiens au bout de mon bras, comme un pantin articulé, par des ficelles.
Valery Larbaud, A. O. Barnabooth, Journal, 3 juin.
Par métaphore (idée d'accord; ci-dessous, 3., au fig.). || Marcher avec qqn la main dans la main, comme un seul homme, en parfait accord. || Marcher de compagnie (cit. 3), de conserve, du même pas.
24 Ici, tout le monde pensait que les deux révolutions (française et belge) allaient agir ensemble et marcher du même pas. Le plus brillant de nos journalistes, Camille Desmoulins, avait, sans attendre, uni en espoir les deux sœurs, intitulant son journal : Révolutions de France et de Brabant.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., III, V.
Par ext. Fig. (En parlant de choses). Aller ensemble, être compatible. || Intérêts qui marchent de front (cit. 40), de pair. || Faire marcher de concert (cit. 8) des choses très différentes.
2 Avancer, faire mouvement (en parlant de troupes qui manœuvrent ou qui font campagne). || Marcher l'arme à la bretelle, au pas de route. — ☑ Loc. (avec sur…, à…). Marcher sur une ville, contre un adversaire supérieur en nombre. || Marcher à l'ennemi (→ Arrière-garde, cit. 1). || Marcher à l'assaut, au combat. Monter.
25 Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons.
Marchons ! Marchons !
Qu'un sang impur abreuve nos sillons !
Rouget de Lisle, la Marseillaise (refrain).
26 (…) Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions (…)
Edmond Rostand, l'Aiglon, II, 9.
27 Le 7e corps (Augereau) marcherait immédiatement sur Mlawa (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers Emp. Occident, XX.
Marcher sous le drapeau, les enseignes (cit. 15) d'un régiment, d'un chef ( Servir).Par anal. || Marcher sous la conduite, sous les ordres de qqn. Obéir, soumettre (être soumis).Faire marcher… (ci-dessous 4.).
Fig. (Avec une idée d'hostilité, de violence ou de conquête). || Marcher contre le gouvernement. || Marcher résolument à la gloire (→ Habiller, cit. 3), à la conquête du monde. Courir, élancer (s').
28 Oui, Caillaux, Clemenceau avaient marché contre leur ancien collaborateur. Mais Perchot, Herriot, un tas ne les avaient pas suivis.
Aragon, les Beaux Quartiers, II, XX.
Absolt. Remplir son devoir de soldat, payer de sa personne dans l'intérêt de la patrie. || Mutins qui refusent de marcher.
29 — L'autre nuit, après l'attaque, on l'a désigné de patrouille. Comme il avait déjà marché la veille, il a refusé.
R. Dorgelès, les Croix de bois, IX.
3 (1852). Fig., fam. a Acquiescer, donner son adhésion (à qqch.). Accepter, consentir. || On peut compter sur lui, je suis sûr qu'il marchera (aussi : marcher dans la combine, dans le coup). || Rien à faire, je ne marche pas.
30 (…) vous tentez de nous refaire sur la commission !… Non, monsieur ! Je ne marche pas !
Malraux, l'Espoir, II, I, I, IV.
b Fam. Croire naïvement quelque histoire. || Pas moyen de plaisanter avec lui; il marche à fond tout de suite (→ Grimper, monter à l'échelle).Il ne marche pas, il court, il fait plus encore que marcher (→ Donner dans le panneau, se faire avoir).REM. On dit aussi marcher dans une histoire.
31 Elle m'a écouté avec attention. Elle a marché très bien dans mes histoires d'agent littéraire à l'affût du sensationnel (…)
J. Romains, le Besoin de voir clair, « Carnet… », XI.
4 Faire marcher… || Faire marcher le ban (cit. 2), appeler au combat les hommes qui le composent, les enrôler.
Par ext. || Faire marcher qqn, obtenir de lui ce qu'on veut par la force (cit. 55), la menace, la persuasion, la ruse… || Savoir faire marcher les hommes (→ Exciter, cit. 28). — ☑ Faire marcher ses enfants à la baguette, au doigt et à l'œil, à la trique. Mener.
32 Avec cette terreur il faisait marcher les sept à huit cents commis du bureau de la guerre (…)
Stendhal, Vie de Henry Brulard, 41.
33 On ne fait pas marcher un peuple par surprise plus vite qu'il ne veut. Malheur à qui tente de lui forcer la main ! Un peuple ne se laisse pas faire.
Hugo, les Misérables, V, I, XX.
34 Ainsi, maîtresse absolue de son terrain, vénérée et crainte, entourée d'un troupeau de huit enfants (…) et, faisant marcher tout cela dans un ordre, un silence et une componction louables, Zemroud-Khanoum était une excellente femme.
A. de Gobineau, Nouvelles asiatiques, p. 102.
(Au sens 3 de marcher). Abuser (qqn) en (lui) faisant prendre pour vrai ce qui ne l'est pas. Berner, tromper; boîte (7., mettre en).
35 Aimée de Coigny ne comprenait-elle pas que le prince se moquait d'elle et, ainsi qu'on s'exprime aujourd'hui, la faisait marcher ?
Louis Madelin, Talleyrand, III, XXV.
36 — Ça vous intéresse vraiment ? Vous n'essayez pas seulement de me faire marcher ?
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, X, p. 102.
5 Avancer dans un véhicule, à cheval, etc. || Cavaliers qui ont marché toute la nuit pour arriver (cit. 5) à Paris. Voyager. || Nous avons très bien marché au début, mais à Lyon la voiture est tombée en panne. Rouler.
6 (En parlant de choses). Se mouvoir de manière continue. || Automobile, train qui marche à 150 km à l'heure. Rouler. || Voitures qui marchent à la file. || Escadres marchant à la rencontre l'une de l'autre. Cingler, naviguer, converger (→ Formation, cit. 1; locomotive, cit. 6). || Le bâtiment marchait droit contre le vent (→ Cape, cit. 6). || Jonque qui marche à la godille (cit. 1).
Par métaphore. || Le temps qui marche (→ Argent, cit. 4). Écouler (s'). || « Les rivières sont des chemins (cit. 15) qui marchent » (Pascal).
Fig. Avancer. || « Ce train toujours égal (cit. 29) dont marche l'univers ». || La nature marche par nuances. Procéder (→ Homme, cit. 4).Convalescence qui marche vite. Progresser. || Les choses, les événements marchèrent si vite que… Précipiter (se).
37 Tout marche par cabale et par pur intérêt (…)
Molière, le Misanthrope, V, 1.
38 L'humanité marche et s'éclaire;
Le progrès est l'immense aimant (…)
Hugo, la Légende des siècles, XXXIII, II.
Spécialt. (En parlant d'une pièce de théâtre, d'un roman…). S'avancer vers son dénouement. || Le drame de Shakespeare marche avec une sorte de rythme éperdu (→ Chanceler, cit. 4, Hugo).
7 Par ext. (En parlant d'un mécanisme, d'un organe…). Aller, fonctionner. || Machine qui marche à faible pression (→ Entraîner, cit. 1). || Montre, pendule qui marche mal. || Vieillard dont le cœur marche encore très bien. Comporter (se).Faire marcher une machine (→ Capital, cit. 4), un appareil (→ Chadouf, cit.), des robinets à gaz.Par anal. (En parlant d'une administration, d'une entreprise, d'une collectivité à diriger…). || Faire marcher l'usine par des moyens de fortune (cit. 21). Tourner.
39 Ma mère a une très petite rente. Avec ce revenu et le peu que je gagne elle fait très bien marcher la maison.
G. Duhamel, Salavin, I, II.
40 (…) il avait une voiture neuve à laquelle il avait appliqué de si nombreux perfectionnements qu'elle ne marchait plus du tout.
A. Maurois, Bernard Quesnay, XIX.
8 (1875). Produire l'effet souhaité (en parlant d'activités industrielles ou commerciales). || Commerce qui marche bien (→ Imposer, cit. 50), à merveille (→ Appréciable, cit.).Les affaires ont l'air de marcher. Prospérer (→ Histoire, cit. 49).(En parlant d'une activité individuelle ou collective). || Besogne qui marche à souhait (→ Intelligence, cit. 22). || Ses études marchent bien.Fam. || Ça marche. Gazer, tourner (rond); fam. Ça biche, ça boume, ça colle, ça carbure, ça gaze, ça ronfle. || Ce procédé, cette ruse a marché.Ça marche (comme) sur des roulettes (→ Humeur, cit. 48). Aller. || Comment ça marche ? Plutôt mal. || Tout marchera bien, vous verrez. || Alors, c'est entendu ? On fait l'affaire ? — Ça marche, d'accord. → On y va, on fait comme ça.
41 Après ce moment scabreux (…) la négociation marcha comme sur des roulettes (Note de Stendhal : « Style de 1750 »).
Stendhal, Romans et nouvelles, « Le rose et le vert », VIII.
42 (…) triste ou gai selon l'état des récoltes, gueulant contre ses enfants, parce que ce n'était plus ça, que c'était leur faute, si rien ne marchait.
Zola, la Terre, III, I.
43 Tout ne marchait pas aussi bien dans le royaume de France que l'avait rêvé Colbert dont les vastes projets d'organisation n'avaient pu être réalisés qu'en partie.
J. Bainville, Hist. de France, XIII, p. 255.
B Marcher sur (ou dans)…
1 Mettre le pied sur (qqch.) tout en avançant, en marchant. || Défense de marcher sur les pelouses. || Il a voulu marcher sur la glace, elle s'est brisée sous son poids. — ☑ Marcher sur le velours.
44 — Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes (…)
A. de Vigny, Destinées, « La mort du loup », I.
Par exagér. Marcher sur les talons de qqn. Talon; talonner.
Loc. Marcher sur les pas (→ Aller, cit. 36), sur la piste, sur les traces, dans le sillage de qqn. Suivre (au propre et au fig.).Au fig. Imiter. — ☑ Marcher sur les brisées d'un rival.Marcher sur les plates-bandes de qqn. — ☑ Marcher sur le corps, sur le ventre d'un concurrent. Passer (→ Fouler aux pieds). — ☑ Marcher sur des charbons (cit. 3) ardents, sur des épines, sur la corde raide, sur des lames de rasoir (→ Compte, cit. 35), sur des œufs.
2 Poser le pied sur (ou dans qqch.), sans idée d'autre mouvement. || Marcher sur la patte d'un chien (→ Imiter, cit. 4), dans une flaque d'eau ( Barboter). || Il a marché en plein dedans. || Marcher sur une araignée pour l'écraser. Piétiner. — ☑ Marcher sur les pieds de quelqu'un. Pied.
45 Une ronce la retenait par la jupe. — Tiens ! je croyais que c'était toi qui marchais exprès sur ma robe (…)
Zola, la Faute de l'abbé Mouret, II, X.
Fig. Marcher sur ses principes (→ Fouler aux pieds; pop. s'asseoir dessus). Piétiner.
tableau Verbes exprimant une idée de mouvement.
CONTR. Arrêter (s'), stopper. — Bloquer. — Déranger.
DÉR. et COMP. Démarche, 2. marc, marchage, marchant, 2. marche, marchepied, 2. marcher, marcheur, remarcher.
HOM. Marché.
————————
2. marcher [maʀʃe] n. m.
ÉTYM. 1538; subst. verbal de marcher.
Vx. Action ou manière de marcher. || Le marcher lent de l'éléphant (cit. 2). 2. Marche.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • marcher — Marcher. v. n. Aller, s avancer d un lieu à un autre par le mouvement des pieds. Il se dit des hommes & des animaux. Marcher en avant. marcher en arriere. marcher posément, doucement, pesamment, fierement. marcher à grand pas, à petit pas. il… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • marcher — Marcher, Ambulare, Gradi, Gradum facere, Gradum tollere, Ingredi, Pergere, Vestigium facere, Viam inuadere, Viam facere. Ils marchent en bataille en gros et serrez, Conferti ad pugnam gradiuntur. Liu. lib. 23. Aller ou marcher avant, Progredi,… …   Thresor de la langue françoyse

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  • marcher — marcher1 [mär′chər] n. a person who marches marcher2 [mär′chər] n. 1. a person who lives in a march, or borderland 2. a lord who governed or defended the Marches for England: see MARCH2 …   English World dictionary

  • MARCHER — v. n. Aller, s avancer d un lieu à un autre par le mouvement des pieds. Il se dit Des hommes et des animaux. Marcher en avant, en arrière, à reculons. Marcher posément, doucement, rapidement, fièrement. Marcher à grands pas, à petits pas, à pas… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • MARCHER — v. intr. S’avancer d’un lieu à un autre par le mouvement des jambes. Marcher en avant, en arrière, à reculons, Marcher posément, doucement, rapidement, fièrement. Marcher à grands pas, à petits pas, à pas comptés, à tâtons, sur la pointe du pied …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)


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